I - Importance de la mise en stationB - La méthode photographique de KINGII - Analyse de la trajectoire diurne d'un astre
1 - La réfraction atmosphèriqueIII - Conclusion du premier volet
2 - Trajectoire réfractée d'un astre
3 - Ajustement sur le pôle réfractée d'un champ de déclinaison donnée
Exemple de mise en station : Télescope de Schmidt de l'OCA
C - Variante visuelle à la méthode de KING
1 - Connaître l'action des vis calantesD - Conclusion générale et synthèse
2 - Contrôle de la vitesse d'entraînement
3 - Centrage dans l'oculaire réticulé de n'importe quelle étoile du champ polaire et attente de la dérive éventuelle
Figure 6 : Une carte du pôle boréal
En effet, si l'axe de rotation de la monture n'est pas parfaitement parallèle à l'axe de rotation de la Terre alors il sera impossible de suivre un astre sans correction. Ceci se concrétisera par une dérive de l'astre dans le champ oculaire (ou photographique) malgré une vitesse de rotation précise du télescope : 1 tour en 23h 56m 4.09s [1]; ou alors, par une rotation du champ oculaire (ou photographique) autour d'une étoile que l'on poursuivrait à l'oculaire réticulé en agissant sur les commandes du télescope. La vitesse d'un point du champ variant alors avec la distance de l'étoile guide il vaut mieux prendre une étoile présente sur le cliché et "idéalement" en son centre.
Concrètement et en exagérant, le défaut de mise en station sera surtout gênant en astrophotographie car on ne pourra jamais avoir d'étoiles "ponctuelles" (pour une résolution donnée du négatif) mis à part celle que l'on aura suivie ! Le phénomène s'accentue avec le champ et la focale de l'instrument.
Il existe pratiquement une bonne dizaine de méthodes permettant de mettre en station un télescope. Elles différent toutes quant à leur efficacité et leur précision. Certaines permettent de caler le télescope sans que le pôle céleste soit visible ou pointable (ex: BIGOURDAN). La plus précise (quelques secondes d'arc en théorie) est celle de KING décrite plus loin.
Rappelons ici la méthode de Bigourdan Elle consiste à voir la dérive au cours du temps d'un astre au méridien (calage du pôle sur l'horizontale) puis celle d'un astre au lever ou coucher (calage du pôle en hauteur). Le processus est itératif, mais la pratique démontre que le procédé demande parfois d'assez longs tâtonnements [2], et, est limité intrinsèquement par la réfraction atmosphérique (voir ci-dessous). Sa longueur fait aussi que le manipulateur, de guerre lasse, se contente souvent de peaufiner uniquement la dérive méridienne.
La solution pour obtenir de belles photographies n'est pas non plus d'acheter ou construire une CCD d'autoguidage sans mettre l'instrument en station. Ce matériel pourtant excellent ne pourra pas faire grand chose contre la rotation du champ. Il permettra par contre un bon guidage. La mise en station est donc toujours une des bases de la technique instrumentale dont on ne peut se passer.
[1] Rappelons que c'est le jour sidéral qui nous intéresse ici, et non pas le jour solaire moyen de 24 heures : un astre fixe passe au méridien local tous les 23h 56mn 4.09s.
1 - La réfraction atmosphérique :
Cette élévation mesurable par un angle r (appelé angle de réfraction atmosphérique) s'accroît avec la distance angulaire du zénith à l'astre (distance zénithale z). Cet angle de réfraction est nul au zénith, de 1' (minute de degrés : 1 /60) à 45 ° de hauteur apparente au-dessus de l'horizon, et, d'environ 36' (supérieur au diamètre apparent du Soleil et de la Lune) à l'horizon. De plus il ne varie pas de manière linéaire avec la distance zénithale mais approximativement en tan z si z est inférieure à 75 °. A son lever et coucher, on observe donc le Soleil en forme de ballon de rugby alors qu'il est géométriquement couché. Ajoutons que les valeurs ci-dessus varient légèrement avec la pression, la température (elles sont ici pour 0° C et 1000 mb), et la longueur d'onde considérée. Ceci entraîne une irisation de l'image d'un astre dans le sens vertical. L'image rouge est plus proche de l'horizon, l'image bleue est plus proche du zénith. On peut observer le phénomène sur des images planétaires (bord de l'anneau de Saturne actuellement, quand elle est proche de l'horizon).
A - Influence de la réfraction atmosphèrique
I - Importance de la mise en station
La mise en station d'une monture équatoriale est primordiale pour la qualité des travaux que réalisera le manipulateur. Cette action consiste simplement à rendre parallèle l'axe de rotation de la monture à celui de la Terre afin de compenser facilement la rotation de celle-ci par un seul moteur entraîné à vitesse constante (but: image observée immobile); le rayon terrestre étant négligeable dans la plupart des cas devant la distance des astres observés.
[2] Voir "LUNETTES ET TELESCOPES de Dangeon et Couder (page 358 à 361).
II - Analyse de la trajectoire diurne d'un astre
Dire que la trajectoire diurne d'un astre fixe est un arc de cercle est un peu simpliste car on oublie manifestement la réfraction atmosphérique !
L'optique géométrique nous enseigne qu'un rayon lumineux est dévié lorsqu'il traverse un milieu d'indice de réfraction variable, tournant sa concavité en direction des indices croissants. Notre brave atmosphère n'échappe pas à cette loi physique et même complique un peu les choses car l'indice de réfraction (le pouvoir de dévier les rayons) varie avec l'altitude à cause de sa température, de sa pression et de sa composition qui ne sont pas homogènes. On a alors un gradient d'indice de réfraction, l'indice augmentant en général lorsqu'on se rapproche du sol. Concrètement un rayon lumineux qui se propage de manière rectiligne dans le vide est dévié progressivement au fur et à mesure qu'il pénètre dans l'atmosphère, en tournant sa concavité vers le sol (figure 1). De ce fait la direction apparente de l'astre observé n'est pas la direction vraie.
Figure 1 - La réfraction atmosphérique : Les rayons lumineux provenant du vide et entrant dans l'atmosphère sont déviés dans le sens des indices de réfraction croissants. L'angle AOB est l'angle de réfraction dirigée vers le zénith pour le bord inférieur du Soleil ou de la Lune. Le bord supérieur ne subissant pas la même réfraction, le Soleil ou la Lune nous paraissent "aplatis".
Pour un observateur la réfraction atmosphérique se manifeste par une élévation vers le zénith (la verticale du lieu d'observation) de la direction apparente de l'astre; il n'y a aucune déviation dans le sens horizontal, c'est à dire en azimut (si on considère que l'indice en un point ne varie, avec la position de ce point, qu'en fonction de son altitude). De sorte que l'on voit toujours un astre plus haut qu'il ne l'est véritablement.
Illustration 1 : Couché de Soleil déformé par la réfraction athmosphèrique : Image de Stéphane ANGLARET (Association des Astronomes Amateurs d'Auvergne A.A.A.A) sur la terrasse de l'Observatoire du Pic du Midi. Lunette de 60 mm.
| -30 | 15 | 3.97 | 7.94 | 6.87 | -0.002309 | 15.00634 |
| -25 | 20 | 2.92 | 4.55 | 3.48 | -0.001322 | 15.02118 |
| -20 | 25 | 2.28 | 2.98 | 1.91 | -0.000866 | 15.02804 |
| -15 | 30 | 1.84 | 2.13 | 1.06 | -0.000619 | 15.03176 |
| -10 | 35 | 1.52 | 1.62 | 0.55 | -0.000470 | 15.03400 |
| -5 | 40 | 1.27 | 1.29 | 0.22 | -0.000374 | 15.03544 |
| 0 | 45 | 1.06 | 1.06 | 0.00 | -0.000309 | 15.03642 |
| 5 | 50 | 0.89 | 0.91 | -0.16 | -0.000264 | 15.03710 |
| 10 | 55 | 0.74 | 0.79 | -0.27 | -0.000231 | 15.03760 |
| 15 | 60 | 0.61 | 0.71 | -0.35 | -0.000206 | 15.03797 |
| 20 | 65 | 0.50 | 0.65 | -0.42 | -0.000188 | 15.03824 |
| 25 | 70 | 0.39 | 0.60 | -0.46 | -0.000175 | 15.03843 |
| 30 | 75 | 0.28 | 0.57 | -0.49 | -0.000166 | 15.03858 |
| 35 | 80 | 0.19 | 0.55 | -0.52 | -0.000159 | 15.03867 |
| 40 | 85 | 0.09 | 0.54 | -0.53 | -0.000156 | 15.03872 |
| 45 | 90 | 0.00 | 0.53 | -0.53 | -0.000155 | 15.03874 |
| 50 | 85 | 0.09 | 0.54 | -0.53 | -0.000156 | 15.03872 |
| 55 | 80 | 0.19 | 0.55 | -0.52 | -0.000159 | 15.03867 |
| 60 | 75 | 0.28 | 0.57 | -0.49 | -0.000166 | 15.03858 |
| 65 | 70 | 0.39 | 0.60 | -0.46 | -0.000175 | 15.03843 |
| 70 | 65 | 0.50 | 0.65 | -0.42 | -0.000188 | 15.03824 |
| 75 | 60 | 0.61 | 0.71 | -0.35 | -0.000206 | 15.03797 |
| 80 | 55 | 0.74 | 0.79 | -0.27 | -0.000231 | 15.03760 |
| 85 | 50 | 0.89 | 0.91 | -0.16 | -0.000264 | 15.03710 |
| 90 | 45 | 1.06 | 1.06 | 0.00 | -0.000309 | 15.03642 |
Tableau 1 : Variations des réglages en fonction de la déclinaison de l'astre, pour les même latitude (45°), longueur d'onde (0.556 micromètres), température de 15°C et pression au sol de 1025 mb.
Il semble évident que si l'on souhaite avoir le pôle instrumental à quelques secondes d'arc du pôle réfracté, celui-ci devra être équipé de vis calantes permettant cette précision. Une vis sur le pied sud de la monture permet généralement le calage en hauteur et il faudra préférer la rotation de l'ensemble de la monture en azimut par rapport à un axe vertical, ou la rotation autour du pied Sud, plutôt que de modifier l'azimut en changeant la hauteur du pied Nord-Est ou Nord-Ouest car ceci change également la hauteur. Lors de cette opération de calage, l'utilisation de jauges micrométriques au centièmes sera d'une très grande utilité.Afin de connaître la modification de la vitesse angulaire de poursuite, et la valeur de l'angle dont on doit relever l'axe de la monture, dans le but de réaliser le mouvement de l'instrument qui "colle le mieux" au mouvement apparent d'un astre de déclinaison donnée (lors de son passage au méridien), Luc DETTWILLER a conduit un long calcul dont voici les résultats pour le passage supérieur (au passage inférieur la hauteur de l'astre est la plus faible donc il est dénué d'intérêt pratique). La précision de ces résultats est de l'ordre de 2 % pour un astre culminant à 15 ° de hauteur, et s'améliore rapidement quand celle-ci augmente. Un programme en langage BASIC permettra d'obtenir rapidement les valeurs numériques de ces résultats pour différents paramètres.
Soit ns l'indice de réfraction de l'air au niveau du sol, qui dépend de la température, de la pression et de la longueur d'onde ;Soient t la température au sol en degrés Celcius, p la pression athmosphèrique au sol en mb et Lambda la longueur d'onde considérée en micromètres (0.556 est celle du maximum de sensibilité de l'oeil) ;
ns-1 = (n0-1) . (p/1013.25) / (1+0.00367.t)
où n0 est l'indice de réfraction au sol pour une température de 0°C et une pression de 1013.25 mb, donné (à 0.1% près dans le domaine visible) par :
n0-1 = 0.0002879 + 1.63e-06 / Lambda^2Epsilon = ns -1.0 = 3.10e-04 donc trés inférieur à 1.
Soient Phi la latitude du lieu, Delta la déclinaison de l'astre et Tau le facteur de correction de la vitesse d'entraînement en valeur relative.
* Si l'axe de l'instrument est parallèle à l'axe de rotation de la Terre, il faut déplacer l'axe de la monture vers le zénith d'un angle Omega donné par :
Omega = (Epsilon.sin(2.Phi)) / (2.cos(Phi-Delta)^2)
et corriger en valeur relative la vitesse d'entraînement d'un facteur Tau :
Tau = -Epsilon.(cos(Phi)/cos(Phi-Delta))^2 = -|Omega.cotan(Phi)|
La vitesse d'entraînement sera alors :
W = Wsid.(1+Tau) (Wsid est la vitesse sidérale)* Si l'instrument a été mis en station dans la direction du pôle céleste apparent (visée polaire, méthode de King) qui par rapport au pôle céleste est relevé vers le zénith de Epsilon.cotan(Phi), on déplacera l'axe de la monture vers le zénith d'un angle Theta :
Tetha = -Epsilon.cotan(Phi).((1-sin(Phi)^2) / (cos(Phi-Delta)^2)
La vitesse d'entraînement sera modifiée comme précédemment.
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Avec le phénomène de réfraction qui entre en jeu (en ne pensant qu'à elle !), on se demande bien quoi faire ! Une chose est sûre, il serait préférable (au départ) de fixer le pôle instrumental sur un pôle réfracté connu et dont on peut avoir la meilleure approximation (nous saurions au moins où il est !). Pour cela il faudra éviter une méthode utilisant plusieurs champs qui ont chacun leur propre pôle réfracté, et donc se limiter à un champ unique.
En employant plusieurs champs, nous ne ferions que placer le pôle instrumental sur la "moyenne" des pôles réfractés utilisés, voir même le dernier.
III - Conclusion du premier volet
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Page maintenue par David ROMEUF